Présence à soi ET Présence à l’autre – par Catherine Baele

Bienveillance, climat, communauté, déconnexion, diversité, inclusion, infox, mémoire, populisme et territoires. Pour les votants, le terme qui a le plus marqué l’actualité en 2018, n’est autre que la bienveillance. Le top 3 est complété par « climat » et « infox ».

En tant que membre de divers systèmes familial, social, professionnel, en lien avec d’autres, la communication bienveillante est cruciale. Pour les professionnels de la relation d’aide le ‘personnel soignant’ (dans lequel nous incluons les coachs), la bienveillance est plutôt naturelle. Mais face à des pressions diverses, internes et externes, ces soignants perdent parfois leur ancrage, sont parfois dépassés par leur propre souffrance ou la souffrance de l’autre.

Les nombreuses recherches scientifiques nous parlent d’une augmentation du burn-out dans les professions de soin de santé: 40% des infirmier(e)s rapportent avoir vécu un burn-out lié au travail, 28% des médecins, et jusqu’à 60% de psychologues admettent être arrivés au point d’être inefficaces cliniquement. (1)  source: pdf

Pour les professionnels qui accompagnent les personnes , la question-clé est : comment rester présent à soi et à l’autre en étant dans la relation d’aide ?

Il y a plusieurs façons d’être en relation : nous pouvons osciller entre être présent à nous-mêmes et absent à l’autre ou être présent à l’autre et absent à nous-mêmes. Nous pouvons être coupés de nos émotions ou submergés par les émotions de l’autre. Nous pouvons retomber dans des schémas de fonctionnements automatiques plutôt que d’être présent à ce qui se passe dans l’instant dans la relation.

Kabat-Zinn

Historiquement, la pleine conscience constitue la pratique de base des différentes méditations bouddhistes (Kabat-Zinn, 2003). Actuellement, de nombreux chercheurs ont validé cette approche et la considèrent comme une compétence psychologique à part entière.

Jon Kabat-Zinn est le premier qui a formalisé cette approche dans un protocole de 8 semaines, et en a proposé cette définition : «Un état de conscience qui émerge du fait de porter son attention, de manière intentionnelle, au moment présent, sans jugement, sur l’expérience qui se déploie moment après moment». Edel Maex ajoute à cela que « la PC, ce n’est pas de l’attention simple mais une qualité d’attention ».

Dans nos métiers de la relation d’aide, nous sommes en permanence amenés à communiquer avec autrui. Et nous pouvons nous questionner sur ce qui est fondamental dans la communication. A partir de cette réflexion, il m’est apparu essentiel :

– D’avoir la capacité d’être conscient de notre vécu intérieur, de nos automatismes, réflexes pour « Réapprendre à créer un espace à l’intérieur de soi pour faire l’expérience de la vie qui nous anime » (Thierry Janssens)

– D’être capable de rester présent aux émotions éveillées en soi, seul ou en relation, de les accepter plutôt que d’être dans l’évitement, le déni, etc.

– De différentier ses propres émotions de celles appartenant à l’autre.

Cultiver la présence dans la relation n’est pas « une technique » mais plutôt une façon d’être avec soi, les autres et dans la relation d’aide.

D’après Edel Maex, il y a différentes façons d’être en relation avec l’autre:

a) Etre chez l’autre, dans l’histoire de l’autre.

Si nous sommes totalement plongés dans l’histoire de l’autre, nous pouvons nous y perdre et nous épuiser. La perte d’énergie peut d’ailleurs être un signe que nous nous sommes laissés“submerger” par l’autre. Nous avons perdu tout contact avec nous-mêmes.

b) Etre avec soi-même (et pas avec l’autre)

Nous pouvons aussi par moments être présents à nous-mêmes (ressentir notre corps, nos émotions, être conscient de nos pensées) et avoir perdu le contact avec l’autre.

L’autre peut d’ailleurs parfois sentir que nous ne sommes plus vraiment là, principalement par tout notre non-verbal, qui constitue l’essentiel de ce qui passe dans la communication.

c) Faire la navette entre l’autre et soi-même

Nous pouvons aussi alterner les moments où nous sommes présents à nous-mêmes puis des moments où nous sommes aspirés par la présence de l’autre, un peu comme une balle de ping-pong qui va de l’un à l’autre. Nous sommes alors présents à nous-mêmes OU présents à l’autre.

d) Etre dans un espace partagé : Je suis dans mon espace, que j’ouvre en même temps à l’autre, donnant à l ‘autre le droit d’avoir son espace également. Nous sommes alors présents à nous-mêmes ET en même temps présents à l’autre. Cela se passe de façon simultanée.

La Pleine Conscience peut nous aider à développer cette présence à soi ET à l’autre: “La PC renforce notre capacité à être à la fois en résonance avec l’expérience d’autrui pendant que simultanément elle nous aide à renforcer les circuits auto-régulatoires qui nous protègent par rapport au fait d’être submergé.

Ce sont des compétences cruciales pour un thérapeute : être connecté de façon empathique, mais aussi maintenir l’équilibre pour éviter d’être submergé par la souffrance d’autrui. » (Siegel)

Une autre question émerge : Comment pouvons-nous être empathiques sans être submergés par les émotions de l’autre ?

« En vous ouvrant aux autres, l’empathie vous rapproche naturellement. Aussi, pour être aussi empathique que possible, il ne faut pas être gêné par la proximité. Ce n’est pas toujours facile. » Ce qui peut nous aider à nous sentir mieux « protégés » quand nous nous lions profondément aux autres, c’est de nous focaliser sur notre expérience intérieure : « Pour y remédier, focalisez-vous moins sur l’autre que sur votre propre expérience, par exemple suivez votre souffle, soyez attentifs à vos sensations (2)».

En tant que praticien de la relation d’aide, nous avons besoin de compassion ET de sagesse.

Et cette attitude ne vaut en fait pas que pour les psys, les médecins, les coachs ou les thérapeutes. En tant que parent, manager, collègue, enseignant, citoyen.ne.du monde, ces compétences sont  plus qu’utiles.

Catherine Baele
Senior Trainer Coach BAO-Elan Vital

La P.C. va nous aider à les cultiver : «Si nous ressentons de la compassion envers un patient /client mais si nous n’avons pas de sagesse, nous sommes alors susceptibles d’être dépassés par nos émotions, incapables de voir comment sortir de la souffrance, et conclure que le traitement est sans espoir. Inversément, si nous avons de la sagesse, si nous saisissons la nature complexe de la situation du patient /client mais sommes hors contact avec le désespoir de celui-ci, nos suggestions vont tomber dans des oreilles sourdes. »

Etre avec soi et être avec l’autre tout en étant attentif à ce qui se joue entre les deux voilà ce à quoi nous invite la pleine conscience, un état d’être pleinement présent et équilibré entre compassion et sagesse.


> Soirée-Info & Speed Coaching gratuit au BAO-Elan Vital le 10 mars 2020 au BAO

> La pleine conscience dans la relation d’aide. » (Atelier animé par Catherine Baele & Laurent Kahn) le 23 avril & 04 juin 2020


1. Irving J.A., Dobkin P.L. & Jeeson P. (2009). Cultivating mindfulness in health care professionnals: A review of empirical studies of mindfulness-based stress reduction (MBSR). Complémentary Therapies in Clinical Practice. 15, PP. 61-66. > voir pdf

 


2. Hanson Rick (2011) « Le cerveau de Bouddha ».Les Arenes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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