Perte, Souvenir et Mémoire : le numérique transforme-t-il nos deuils ?
Entre initiations, rites de passage et présence digitale, comment vivons-nous désormais le dernier expir ?
La dernière initiation : le grand départ et le retour aux étoiles
Un jour, nous quitterons à nouveau ce monde.
Nous laisserons derrière nous la robe, comme disent les Sioux.
Nous retraverserons l’Arc-en-ciel, du visible à l’invisible.
Nous expirerons notre dernier souffle… et nous rendrons l’âme.
Mais à qui, et à quoi, la rendons-nous ?
Dans la cosmologie andine, l’Enfant du Soleil — l’humain — retourne à la Pachamama, la grande Mère.
Le Féminin.
Ses connaissances et son savoir sont confiés aux Apus, les Esprits des Montagnes.
Le Masculin.
Et l’essence éternelle, l’âme, rejoint l’univers des étoiles :
l’Unité, la Source divine.
Comment vivre pleinement, et comment mourir en conscience ?
Comment danser notre dernière danse ?
Quel sera notre chant du cygne ?
Accompagner la fin — d’une vie ou d’une étape de vie — fait partie d’un chemin profondément humain.
Pour les coachs, être à l’aise avec l’idée de finitude est essentiel :
être un soutien stable, créatif, aligné, capable de réguler les émotions et d’offrir un espace de sécurité.
Les initiations vécues, et celles reçues d’autres personnes initiées, donnent au coach légitimité et profondeur.
Les passages de vie : revisiter, réparer, ré-initier
Dans la vie de nos coachés, certains événements nécessitent d’être revisités :
divorce difficile, séparation brutale, harcèlement, maladie d’un parent…
Ce sont parfois des rites de passage manqués.
Le rôle du coach est alors de recréer un rite porteur, une « approche sur mesure » pour boucler la boucle avec respect et conscience.
Entre souvenirs, gestes, chants et silences,
il existe aujourd’hui des rites qui transforment l’absence en présence
et qui permettent d’honorer, de pardonner, d’accompagner — jusqu’au dernier expir.
Pratiques pour accompagner les passages de vie
J’ai récemment témoigné dans un reportage de Loïs Denis consacré au deuil numérique.
J’y partage comment j’utilise encore la page Facebook de ma maman, décédée en 2017, pour maintenir un lien — un geste de mémoire pour les générations futures qui ne la connaîtront qu’à travers ces traces.
👉 Voir le reportage :
Une projection troublante : les morts bientôt plus nombreux que les vivants en ligne
Selon l’Oxford Internet Institute, d’ici 2070, les profils Facebook de personnes décédées pourraient devenir plus nombreux que ceux des vivants.
Nos espaces numériques se transforment peu à peu en :
• lieux de mémoire
• lieux de recueillement
• lieux de rituels contemporains
Les photos, les messages, les souvenirs continuent d’apparaître.
Certains écrivent encore aux défunts.
Le lien ne disparaît pas : il se transforme.
Les rites : un héritage humain qui se renouvelle
L’anthropologue Arnold van Gennep a décrit les trois étapes universelles des rites de passage :
- Séparation — quitter un état
- Transition — traverser un espace de transformation
- Réintégration — entrer dans une nouvelle forme de relation
La mort n’est donc pas une fin absolue.
C’est une transformation.
Une réorganisation du lien entre vivants et morts.
Les réseaux sociaux : nos nouveaux espaces rituels
Les profils des défunts deviennent souvent des lieux où l’on peut :
• partager un souvenir
• écrire un message d’adieu
• déposer une photo
• raconter une histoire
Ces gestes jouent aujourd’hui le rôle de rites.
Ils accompagnent le passage.
Ils soutiennent la transformation intérieure.
Deadbots et griefbots : quand l’IA s’invite dans le deuil
Le reportage explore aussi les deadbots et griefbots :
des intelligences artificielles capables d’imiter la voix ou le style d’un défunt.
Le psychiatre existentiel Irvin Yalom rappelle que la conscience de la mort — la finitude — fait partie des grandes préoccupations humaines, aux côtés de :
• la liberté
• l’isolement
• la quête de sens
Les technologies changent la manière dont nous traversons ces réalités.
Mais elles ne remplaceront jamais l’expérience humaine du passage.
Accompagner consciemment les passages de vie
Le coach devient facilitateur de rites porteurs quand il mobilise :
• créativité
• présence
• alignement
• régulation émotionnelle
• expérience initiatique
Chaque passage — qu’il soit individuel ou collectif — peut devenir une initiation.
Une réconciliation.
Un geste de gratitude.
Un retour confiant à l’ordre naturel de la vie et de la mort.
Mini revue de lecture – pour coachs et accompagnants
| Objectif | Livre recommandé | Points clés |
|---|---|---|
| Comprendre la conscience et le deuil | Les dimensions invisibles de la conscience, la mort et le deuil – Evelyne Josse & Martine Struzik | Psychologie, spiritualité, contacts avec les défunts |
| Accompagner les transitions | Accompagner le passage – Marie Brasseur | Rituels individuels et collectifs |
| Pratiques holistiques | Inspirons! – Daniëlle De Wilde | Corps, souffle, symboles, coaching régénératif |
| Comprendre le deuil numérique | Online Afterlives – Davide Sisto | Réseaux sociaux, rituels numériques |
| Perspective sociologique | Death and Digital Media – Arnold, Kohn & Hallam | Médias digitaux, rites contemporains |
🤍 Remerciements
Avec gratitude pour leur sensibilité et leur éclairage :
• Loïs Denis – pour le reportage Liens continus – Deadbots – Griefbots
• Evelyne Josse
• Marie Brasseur : voici son point de vue: https://fairesondeuil.com/deuil-numerique-quand-les-reseaux-sociaux-deviennent-lieux-de-memoire/
Catégories :Actualité Ecole Elan Vital, Ressources Coaching, Témoignages

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